samedi 24 mai 2008

Kate next door

Kate Nash - Foundations (MP3)
Kate Nash - Mouthwash (MP3)
Profitons de Kate Nash tant qu’il est encore temps, tant que la presse people ne se glisse entre nous. Cette vieille charogne de presse britannique la veut déjà dans le caniveau ; trompée, déchirée, tatouée et avec un marmot abandonné en supplément si ce n’est pas trop demandé. Voyez dans quel état elle a nous a rendus Pete Doherty. Kate Nash vient d’avoir 20 ans, un single numéro 1 (Foundations), un statut de porte-parole générationnel à porter et un album Made of Brick promis à devenir le produit de l'année chez AZ/Universal.Mais Kate Nash n’est pas Lily Allen. Vous ne présenteriez jamais Lily Allen à vos parents, elle serait capable de vomir le gigot de maman après avoir sifflée le rouge choisit par papa, elle finirait même par chauffer votre petit frère dans le garage la garce. Définitivement, on n’invite pas ses anciens coups d’un soir. Kate Nash leur fera meilleure impression, une beauté rassurante, rousse et gironde. La petite copine anglaise idéale par défaut. Avec son accent à coupé de chavette, elle dessine des histoires où l’on croit reconnaître des gros cons avinés en guise de petits copains. Cette fille vient nous rappeler que l’on avait souvent envie de pleurer à vingt ans, garçon ou une fille. Kate Nash, c’est de la pop au sens premier du terme, accessible et sans arrière pensée, avec une production lustrée derrière. Mais de la pop mélancolique, celle qui vous donne envie de regarder le monde depuis votre fenêtre, celle qui vous rappelle une fille vous plantant au premier rencard, cette pop qui après s’oublie, se remplace, se dissipe. Kate Nash porte un peu de spleen en tête des charts, juste pour ça on se permet un flirt avec le mainstream. Si c'est sans conséquence

jeudi 3 avril 2008

Opération Conchords

Flight Of The Conchords est une petite série garantie HBO, une série que l’on ne verra peut-être jamais en France, par des voix non téléchargeables en tous cas. Une série de pas grand-chose, douce amère, drôle mais a son rythme comme du Wes Anderson. La preuve ici avec le pilote de la série dans son intégralité.L’histoire : deux musiciens néo-zélandais débarquent à New York pour conquérir un nouveau public, à savoir les fans déçus d’Adam Green et quelques autres inadaptés. A New York, ils découvrent les quartiers pour branchés fauchés et l’ordinaire des groupes indé. Ils se traînent une fan collante et imbaisable, se partagent entre amours croisés et foireux, glandent beaucoup, collent des affiches pour des concerts dans des cafés sans estrade et se choisissent pour agent un compatriote employé à l’ambassade de Nouvelle-Zélande. Un rouquin sans talent ni relation qui nous rappelle un peu ce bon David Brent.Heureusement il reste les chansons. Nos deux kiwis tuent le temps avec les ballades lacrymales, pensent à une collègue de boulot en ragga, parodient Bowie, donnent leur idée d’une pop à la française et parfois se prennent pour Justin Timberlake essayant de lever une fille en fin de soirée. Ils écrivent même une des plus belles chansons d’amour du moment, une déclaration toute conne à la guitare avec le meilleur pote au bord d’une fontaine jouant du piano pour enfant (If you're into it). Flight of The Conchords c’est Sufjan Stevens chez les Inconnus comme l’écrivent les Inrocks, soit l’alliance de quatre songwriters majeurs dans mon parcours musical.Le duo est signé chez Sub Pop où il a sorti un album (”The Distant Future”)

Alexandre

2007, année de transition, comme 2006, 2005, 2004… on se croirait au PSG. Ici, un résumé approximatif, très shuffle, de mon année musicale. Des branchés, des génies, des Anglais one shot, une fille qui passe à la radio et toujours pas de R&B. 1. LCD Soundsystem – New-York I love you…Ballade foudroyante cachée dans un grand album électro où on découvre émerveillé, James Murphy chanteur, quelque part entre un Franck Sinatra en tee-shirt et un Lou Reed rouquin. C’est beau un mec qui chante avec son cœur et ses limites, comme ça vient.Voir une vidéo – Acheter Sound of silver2. 1990s – See you at the lightParcours écossais à un trou, où comment trois tacherons sauvent en trois minutes ce qui reste de ma relation avec le rock britannique. Moment de grâce ou coup de bol monumental, Alex Kapranos devrait faire plus attention à ses poches tout de même.Voir le clip- Acheter Cookies3. The Teenagers – HomecomingUne chanson pour des filles en petites culottes American Apparel et des garçons qui leurs courent après, on tient là tout un programme politique. Quand on repensera à Homecoming dans dix ans : on se prendra à aimer 2007, ses filles, ses bars, le flou de l’époque, cet hédonisme bon marché. On aura même oublié les Naast.Voir le clip4. Los Campesinos – We throw parties, We throw knivesDe l’indie rock élastique et énergique servi par de jeunes gallois voisins de chambre des Spinto Band. « Un garçon chante comme un puceau en lutte contre ses pollutions nocturnes. Pour le soulager, il y a des filles dans des refrains un peu crétin: du genre on est jeune, on boit du Malibu (libre traduction) » j’avais dû dire à l’époque. Je confirme.Voir le clip- Acheter Sticking Fingers into Sockets5. The Shins – AustraliaJames Mercer donne ici son interprétation des Smiths (sur l’intro il y a un truc je pense). Forcement, le résultat est plus américain, plus rond, la mélodie est garantie de 7 à 77 ans. Australia devrait d'ailleurs être enseigné au carillon ou à la flûte dans toutes bonnes écoles primaires qui se respectent.Voir le clip - Acheter Wincing the night away6. Money Mark – Pick up the piecesTous les dix ans, le 4ème homme des Beasty Boys offre un petit sommet de détachement, de groove à lunettes tout en clavier bricolé. Mieux qu’une redite du mythique Hands in your head, Pick up the pieces ouvre la voie pour un come-back de Randy Newman en 2008.Voir le clip-Acheter Brand New By Tomorrow7. Feist - 1234Ex égérie indie, nouvelle corne d’abondance FM, avec My Moon My Man et ce 1234 fluorescent la Canadienne aura accompagné mes après-midi Nova, rendu l’attente au Franprix supportable, écourté un voyage Paris-Toulouse en véhicule utilitaire. Un tube, c’est aussi un détour agréable pour passer le temps.Voir le clip- Acheter The Reminder8. Of Montreal – Grolandic editHissing Fauna, Are You the destroyer ? serait l’album de l’année si la discipline figurait encore au programme. Porte d’entrée radiophonique à l’orgie sonore des Américains, Grolandic Edit file un sacré coup de vieux à Beck. Chez Of Montreal tout le monde amène sa bouteille, à la fin on voit des étoiles et on se prend pour Os Mutantes. Buvons à leur santé le 31.Voir le clip- Acheter Hissing Fauna, Are You the Destroyer?9. Elvis Perkins – Without loveUne grande chanson folk, qui vous rassure de vieillir. Une grande chanson triste, qui vous rassure de ne pas trop sortir. Une grande chanson boisée qui vous fait préférer l’humain à la machine.Voir le clip – Acheter Ash Wednesday10. The Wombats – Let’s dance to Joy DivisionMême pas envie de jeter une oreille sur leur album, The Wombats ont tout dit sur ce single. Jouissif, ironique, régressif, Let’s dance to Joy Division c’est l’arrêt de mort de Bloc Party et des Louis La Brocante ferrailleurs en post-punk. Avec les Wombats, Ian Curtis devient un sujet de blague, le rock anglais s’achète un second degré.Voir le clip – Acheter A guide to love, loss and desesperation

mardi 1 avril 2008

Auscultons le bilan de fin d'année des Inrocks

Auscultons le bilan de fin d'année des Inrocks

Le bilan de fin d'année des Inrocks, c'est toujours un grand moment. Dès qu'il est publié, c'est un peu le Café du Commerce dans ta chambre : les mails arrivent de partout pour dénoncer ce scandale, cette saignée, cette trahison aux valeurs historiques du magazine. Cette année, Interprétations Diverses chausse sa mauvaise foi et en dit aussi du mal.




Le classement des 50 meilleurs disques de 2007 des Inrocks vient d'être publié et comme tous les ans, ce vieux magazine vingtenaire en prend plein la tête dans les commentaires (lisez-le, c'est assez marrant). Mais élargissons le débat et essayons de comprendre pourquoi, une fois de plus, ce classement ne rassemble que les déçus.Les Inrocks publient cette année dans l'édition papier les listes de chaque critique et on peut donc mieux se rendre compte des rapports de force au sein de la rédaction. Nous avons compté les points. Si l'élection du disque de l'année était un vote démocratique et non pas une élection à la russe, voici à quoi aurait ressemblé le top 10 (pardon pour les ex-aequos) :
LCD Soundsystem - Sound of Silver (8 votes)
PJ Harvey - White Chalk (8 votes)
Animal Collective - Strawberry Jam (6 votes)
Panda Bear - Person Pitch (6 votes)
Loney Dear - Loney, Noir (5 votes)
Burial - Untrue (4 votes)
The Coral - Roots & Echoes (4 votes)
Robert Wyatt - Comicopera (4 votes)
Beirut - The Flying Cup Club (4 votes)
Neil Young - Chrome Dreams II (4 votes)
Radiohead - In Rainbows (4 votes)
Alela Diane - The Pirate's Gospel (4 votes)
Gossip - Standing in the way of control (4 votes)A comparer avec le top 10 réel :
LCD Soundsystem - Sound of Silver
Justice - ✝
Loney Dear - Loney, Noir / Sologne
Animal Collective - Strawberry Jam
Klaxons - Myths of the Near Future
Kanye West - Graduation
PJ Harvey - White Chalk
Patrick Watson - Close to Paradise
Alela Diane - The Pirate's Gospel
M.I.A. - KalaPour vous aider dans votre jeu des 7 différences, signalons juste que les albums de Justice et Klaxons n'ont receuilli chacun que... trois votes. Quant à Kanye West, il s'est péniblement attiré deux votes. Remarquons aussi que l'album de Neil Young, pourtant plébiscité par quatre rédacteurs, n'est même pas présent dans la liste des 50 meilleurs disques ! Ou que Panda Bear, indiscutablement un des meilleurs albums de l'année, pointe à la 19e place malgré ses 6 votes.L'explication de ces différences est à trouver dans la liste proposée par JD Beauvallet, éminence grise de la rubrique rock :
Burial - Untrue
LCD Soundsystem - Sound of Silver
Loney Dear - Loney, Noir / Sologne
PJ Harvey - White Chalk
Justice - ✝
Klaxons - Myths of the Near Future
M.I.A - Kala
Kanye West - Graduation
Patrick Watson - Close to Paradise
Animal Collective - Strawberry JamTrop fort le mec : sur sa liste de dix disques, il en place neuf dans le top 10 des Inrocks ! Autant dire que c'est bien JD Beauvallet qui dresse entièrement le classement depuis sa villégiature de Brighton.Le quota jeunes, le quota rapAlors pourquoi JD impose t-il dans le top 10 les duettistes Justice et Klaxons, ce qui a le don d'énerver les commentateurs du site lesinrocks.com ? En fait, Beauvallet remplace poste pour poste les vieilles idoles de la nouvelle génération rock par celle de la nouvelle génération électro. L'année dernière, les Arctic Monkeys avaient squatté scandaleusement la première place, damant le pion à TV On The Radio. En 2005, Franz Ferdinand s'était retrouvé miraculeusement à la quatrième place malgré un deuxième disque poussif. Le quota jeunes.Pourquoi JD met-il dans le top 10 le troisième album de Kanye West, boudé par sa rédaction ? On pourrait invoquer un hypothétique quota de rappeurs dans les tops de fin d'année, Les Inrocks craignant de perdre leur ancrage urbain. On citerait notamment la surprenante cinquième place de Keny Arkana l'année dernière - une place que même Trace TV n'aurait pas assumé.La règle des trois tiersMais plus sûrement, JD reproduit année après année un slogan qu'il a dû lui-même inventer et auquel il doit croire profondément : "rock, électro, rap". Alors que la réalité sociologique de son lectorat est tout autre :
Un tiers de vieux lecteurs historiques qui reprocheront toujours aux Inrocks de s'être écarté de l'orthodoxie pop. Leurs critiques préférés ? Christophe Conte et Stéphane Deschamps. Pourquoi ils crient au scandale ? Neil Young n'est pas dans le top 2007.
Un tiers de lecteurs attachés à une modernité rock à la sauce Pitchfork. Leurs critiques préférés ? Joseph Ghosn et Martin Cazenave (le mec du web). Pourquoi ils crient au scandale ? Of Montreal n'est que 20e dans le top 2007.
Un tiers de lecteurs qui achètent les Inrocks par erreur à cause de la une sur Mika, Arctic Monkeys, Cali ou Gossip. Leur critique préférée ? Johanna Seban (avant qu'elle ne se rallie récemment à la deuxième catégorie), Jean-Marc Lalanne (pour sa défense de Britney Spears). Pourquoi ils crient au scandale ? Yelle n'est que 41e dans le top 2007.Le triptyque "rock, electro, rap" de JD Beauvallet a peut-être raison pour l'Histoire, pour son lectorat, il aura toujours tort. Le constat fait presque penser à la gauche française. Les Inrocks doivent-ils donc se réformer ?-> Et encore je ne parle pas de l'hallucinante une du numéro spécial "best of 2007" offerte à... Mika ! Certainement pour le récompenser de sa magnifique 16e place au top albums. Ou peut-être de sa quatrième place au top singles...